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Céline avait demandé à
Bernard de l’accompagner en ville: « Une petite
cérémonie pour Didier, un copain à moi mort du
sida. »
L’endroit se trouve dans un
quartier périphérique, près de l’école
maternelle où elle a accompli un stage. Devant
le préau, un jardin public incliné vers la
rivière. Une large rivière au courant faible,
peu profonde. La sérénité d’un grand fleuve
tranquille à son estuaire. Soleil pâle et
caressant: miséricorde plutôt que luminosité. Un
saule fleurit au milieu du parc.
Une vingtaine de personnes
entendent. Céline glisse sa main dans celle de
Bernard. L’attente se prolonge.
De l’école sort un cortège
d’enfant, fillettes et garçons deux à deux;
l’institutrice, alerte, entonne une chanson
reprise avec entrain. La vie et la mort
voisinent. On n’invente pas de telles
circonstances, la réalité s’en charge.
Enfin une jeune femme arrive,
pantalon bleu et jaquette noire. Elle porte les
cendres de Didier dans une urne ouverte, mélange
de sable visible à la surface d’un vase en forme
de soucoupe, couronné de myosotis. Elle se place
au pied du saule, invite l’assistance à former
un demi cercle: « Je m’appelle Pascale et suis
responsable du Centre d’Accompagnement; c’est là
que j’ai rencontré Didier.» Un homme de trente
ou quarante ans, au visage émacié, est à son
côté et prend la parole comme cela paraît avoir
été convenu. « Je voudrais d’abord vous dire à
tous que Didier vous aimait beaucoup et me l’a
répété souvent... »
L’orateur s’exprime
lentement, pourtant sans chercher ses mots,
comme s’il se parlait à lui-même. Des paroles
très simples, des choses de la vie courantes
mais d’où se dégage le message le plus
saisissant qui soit: vous avez vécu à côté de
lui sans le connaître ni le reconnaître.
Pour finir, il tire de sa
poche un billet écrit par Didier. Ce sont
quelques phrases d’adieu, de remerciement et
d’invitation à la joie.
L’officiante récite un poème
et propose ensuite quelques secondes de silence,
invitation discrète au recueillement.
Puis, présentant les cendres
de Didier comme une offrande, elle descend seule
vers la rive. Elle s’assied sur un ponton
d’accostage, enlève ses chaussures, retrousse le
blue-jean jusqu’au mollets. Les pieds dans
l’eau, avec des gestes de prêtresse, elle livre
le fardeau léger au courant tranquille qui
l’emporte. La petite embarcation prend le large
et bientôt chavire tandis que les myosotis
surnagent et se dispersent. Un souffle irréel
plane, venu d’ailleurs. Céline s’avance sur le
ponton, tend la main à Pascale pour l’aider à
remonter.
C’est tout.
Enfin du nouveau sur la mort,
pense Bernard en regardant les flots sereins.
25 mars 2001
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