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Sabika
Désirade, la femme au livre
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Lire un livre de Jean-Paul Comtesse,
c'est être pris par la main par une
présence mystérieuse pour vivre un
conte, participer à une
chorégraphie.
C'est une expérience de rêve
éveillé, où l'on est saisi d'une
ferveur, confondu à elle, qui flue
de l'auteur aux personnages, des
personnages au rythme du texte. De
sorte qu'une fois le livre refermé,
au milieu des voix persistantes, on
a l'étrange sensation d'avoir
accompli un voyage intime,
multicolore, mais sans savoir par
quel chemin.
Sabika Désirade
est un livre très 'comtessien',
un livre amoureux : de la nature, de
la Femme, des lieux, des mots, du
rêve. On y retrouve la femme
mystique qui est aussi la femme de
chair (l'amour est un rite, sacré et
profane – on pense à "l'Eternelle
Idole" de Rodin), la meneuse, la
fougueuse, la conteuse. Celle qui
va, qui habite, celle qui rêve –
celle qui écrit. Celle qui traduit
le Monde.
Sabika, c'est la chair, le verbe, et
le jardin ; c'est le désir qui
circule entre tous ces éléments. Et,
si j'ose, c'est Jean-Paul Comtesse
lui-même.
Il y a toujours un mouvement très
fort des êtres entre eux, dans les
œuvres de l'auteur, au rythme des
rencontres, des séparations, des
amitiés, des amours impossibles.
C'est simple et c'est complexe.
C'est exactement la vie.
Ce que j'aime de ce livre, au-delà
des thèmes passionnants (passionnés)
qui le composent, c'est le style,
délibérément personnel, rythmé,
comme halluciné parfois ; des
apparitions, des saccades, des
flashs, on est emporté sans trop
savoir où, c'est le fameux rêve
éveillé, dont l'harmonie étonnante
est faite d'éclats divers ; comme si
l'auteur écrivait les yeux fermés.
Cette force qui retient le tout en
un centre est l'empreinte de la
sincérité de l'homme qui se donne à
lire.
C'est, je le disais, comme un état
amoureux.
L'imaginaire est le réel, le réel
est l'imaginaire. Il n'y a pas de
frontière. Nous sommes emportés.
Fanny
Wallendorf
Écrivain
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Roman très bien écrit, poétique,
plein de dévotion à l'égard d'une
Gitane andalouse, une
femme-sortilège, au pouvoir
envoûtant, capable de nommer les
choses, la beauté, les symboles,
conteuse dans une tonnelle enlacée
de plantes grimpantes attirant dans
un ailleurs mythique. Sabika, la
femme au livre, campée en
initiatrice, et inaccessible.
Une telle dévotion, une telle
fascination, un tel pouvoir donné à
une femme, peuvent agacer. Cela
semble alors osciller entre quelque
chose de mystique, et du romantisme.
Mais les premières pages du roman
permettent d'entendre autre chose.
L'importance du père de Sabika. La
mère de Sabika, épouse de Alonso
Cristobal, eut une aventure avec un
Gitan. Sa fille, Sabika, ressemble à
une Gitane. Ils sont quatre: Alonso
Cristobal et son épouse, le Gitan,
et Sabika, officiellement fille de
Alonso Cristobal. Lorsque Sabika eut
dix-sept ans, sa mère se cloîtra
pour toujours dans un couvent de
Grenade. Un peu plus tard, Alonso
Cristobal et sa fille quittent pour
toujours l'Andalousie pour
s'installer dans l'Hérault.
La vie, pour ce père et sa fille,
s'est arrêtée à ce quatre. Sabika en
est le symbole, voire l'incarnation.
Alonso Cristobal, à travers sa
fille, voit pour toujours le Gitan
avec son épouse infidèle dans les
bras. Sa fille lui signifie à jamais
que sa femme a séduit un autre
homme, elle incarne cet instant où
le Gitan a été envoûté par elle.
Regardant sa fille adolescente et
jeune fille grandir, impatiente
d'aller vers sa destinée, observant
chacun de ses gestes, ses hanches de
gitanes, sa sensualité, il peut
littéralement sentir l'amant qui fut
subjugué par sa femme. A travers la
sensualité fascinante de sa fille
dans les jardins de l'Alhambra, il
se passe le film de l'envoûtement de
l'amant par sa femme. Comme il veut
immobiliser cet instant-là, et
éviter que sa fille fasse à un futur
mari ce que sa mère lui a fait, il
décide de quitter l'Andalousie,
l'exil entrant en résonance avec
l'entrée au couvent de la mère. La
fille doit rester à jamais
inaccessible. Son père se fait son
époux fidèle à un passé qu'elle
incarne.
Dans l'Hérault, ils habitent une
bastide désertée, avec des alentours
à l'abandon.
Finalement, Jean-Paul Comtesse
écrivant ce roman dédié à Sabika la
femme au livre, traductrice et
lectrice, révèle le regard du père
sur elle, regard qui met en symbiose
deux femmes, la mère et la fille, la
fille enveloppée par l'image
sortilège de sa mère que son père
voit en train de séduire l'amant de
passage. C'est l'image de sa mère
infidèle en train de séduire l'amant
de passage, le Gitan, sa mère si
fascinante qu'elle eut ce pouvoir
d'attirer à elle un autre homme,
qui, dans le regard et les paroles
du père, capture Sabika, la
sauvageonne capable d'ensorceler,
d'initier, de nommer, de faire
rêver, de faire lire, de faire
imaginer, de lire les lignes de la
mains. Son père l'a capturée dans l'
image toute-puissante de sa mère
épouse infidèle séductrice du Gitan!
Et elle n'en finit pas d'y être
fidèle! Fidèle aussi à la
fascination de son père pour une
telle image! Comme si son père avait
été pour toujours, par l'infidélité
de sa femme certifiée par la
naissance d'une fille ressemblant au
Gitan, subjugué par la vision d'une
sorte de scène primitive, sa femme
infidèle se superposant à sa mère
emportée par son père Gitan, cette
scène-là créant littéralement
l'image fascinante de la femme en
question désormais pourvue de toute
la beauté et de toute la sensualité
du monde et ayant le pouvoir de tout
enchanter.
Alors, ensuite,
Thomas-le-Grand-rêveur de passage à
la Bastide, c'est une réitération de
l'amant qui fut initié au pouvoir
envoûtant de la mère de Sabika, il
lui permet de certifier qu'elle
aussi a ce pouvoir mystique qui le
conduira au monastère, qui est
l'espace d'un autre monde ouvert par
cette voyante! Et tous ceux qui la
côtoient sont frappés par son
pouvoir d'envoûtement, pouvoir de
nommer les choses d'un autre monde,
monde mystique, où vivre au-dessus
de ses moyens comme dans une sorte
de bulle imaginaire, ou comme dans
un château plus loin qu'en Espagne.
Schéhérazade entrouvre les yeux d'un
Lazare endormi, comme sa mère qui a
fini ses jours dans un couvent de
Grenade, elle est détentrice d'un
mystère, et elle écrit à travers
d'autres hommes de passage à la
bastide le roman d'un religieux
retiré du monde, qui est son père
encore plus que Thomas. Elle n'est
pas femme, bien sûr, à supporter un
échec. Religieuse comme sa mère,
elle a le pouvoir qui lui a été
révélé par son père d'établir les
règles à observer dans l'ordre des
amours sublimées.
Voilà: Jean-Paul Comtesse a
peut-être écrit ce roman sous la
dictée d'Alonso Cristobal, faisant
vivre cette femme envoûtante autant
qu'envoûtée elle-même, si pressée
d'être la Madone andalouse.
Alice
Granger Guitard
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« Il émane de ce
livre un mélange de sensualité et de
magie, de parfums et de mystère
mêlés de lyrisme, voire de
mysticisme. La protagoniste est une
Gitane ensorceleuse, du genre Carmen
à l'andalouse, qui vit plusieurs
passions avec la même liberté. Cela
se passe dans les garrigues du Midi
et l'on s'y plonge comme dans un
rêve éveillé, partageant les
souvenirs de Sabika (son amour pour
Thomas le rêveur) ou vivant ses
rencontres. Difficile à raconter, ce
beau petit livre évoque plus qu'il
ne décrit, et là réside tout son
charme. »
Marie
Françoise Piot
article paru
dans le « 24 heures », du mardi 26
octobre 2004
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« Le réel et l’imaginaire sont
admirablement dosés. », annonce
l’éditeur à la quatrième de
couverture.
Ma lecture fut inhabituellement
difficile car j’étais emporté par
les ‘images’, la lumière, la beauté
des lieux, les mystères des
personnages (L’Alhambra, l’Hérault,
une bastide, un Gérard Philipe en
chemise blanche, une pierre fendue
comme haut lieu des chorégraphies et
des échanges de billets).
Pour mieux comprendre, j’ai repris
le texte en séparant ce que nous
conte l’auteur de ce que disent
Sabika et les autres ‘héros’. (La
mise en page de certains éditeurs
offre cette clarification.) Alors
tout est devenu facile, lumineux,
audible. Alors j’ai senti les âmes,
les questions, les espoirs des
acteurs avec leur prescience d’une
inquiétude. Alors tout le roman
m’est devenu familier, m’a charmé
par la résonance du dernier
chapitre où - après avoir hésité à
le faire - Jean-Paul Comtesse
redonne chair et sang à chacun, même
au chien Barcino.»
Arnold Ulrich
libraire
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"Il s'agit du troisième roman de
Jean-Paul Comtesse qui rend hommage
encore une fois à la femme, aux
femmes.
Au départ, dans un premier
mouvement, les évidences du titre
m'ont gênée. Une sensualité qui
s'affiche sans retenue. J'aurais
aimé plus de discrétion mais Sabika
n'est pas femme à se cacher, à taire
sa passion. Le faire, ce serait
renier sa nature d'Andalouse
passionnée, vive et sensuelle.
Ce roman raconte-t-il une histoire
au sens classique du terme ? Ici,
nous assistons à l'imbrication
permanente du rêve et du réel.
Qu'est-ce qui est réel ? Qu'est-ce
qui ne l'est pas ? La puissance de
l'onirisme s'affirme à chaque page,
s'incarne dans le personnage d'une
femme-sortilège, Sabika Désirade.
Elle envoûte, ensorcelle le Grand
Rêveur Thomas, son père bafoué,
cocufié par un gitan et qui endosse
une paternité douloureuse.
Le mot "rêve" abonde dans ce roman.
Il sonne comme une injonction
permanente à s'abstraire du réel
frustrant et décevant incarné par
Bruno le typographe.
Les images poétiques qui irriguent
l'ouvrage réalisent ce mariage
constant du réel et de l'imaginaire.
Des mots abstraits s'accolent aux
mots concrets et le rêve sublime le
réel défaillant.
Un très beau livre, une ode à
l'enchantement, à l'ensorcellement.
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« Je prépare ma licence en
philosophie et n'ai jamais été un
grand lecteur de romans car mes
centres d'intérêts sont nettement
ailleurs. Celui-ci m'a été offert,
j'étais donc plus ou moins forcé. Ce
fut une découverte absolument
inattendue. D'abord, j'ai appris à
lire lentement en savourant. Comme
j'entrais au fur et à mesure dans
l'histoire, je me suis mis à rêver
comme Sabika et Thomas, les amoureux
du livre. J'en reste perplexe, ce
roman m'a enchanté. »
Yannick Rub.
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Retour page spéciale consacrée à
Sabika Désirade |
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